Invité du podcast Burnout de Mehdi Hamala, le journaliste et écrivain Feurat Alani revient sur un parcours hors du commun. Fils d’exilés irakiens, grand reporter et auteur primé, il livre un témoignage passionnant sur l’identité, les fractures sociales, l’Irak et l’importance du journalisme de proximité.
Une voix singulière dans le journalisme français
Né à Paris de parents irakiens, Feurat Alani a grandi entre plusieurs villes d’Île-de-France avant de s’installer durablement à Nanterre. Son père, opposant politique au régime de Saddam Hussein, a trouvé refuge en France après avoir fui la dictature. Cette histoire familiale, marquée par l’exil, a forgé son regard sur le monde. Entre héritage irakien et culture française, Feurat Alani a très tôt développé une sensibilité particulière aux enjeux de mémoire et de transmission.
Aujourd’hui, il est l’une des figures de proue du journalisme français spécialisé sur le Moyen-Orient. Documentariste et écrivain, il a couvert de nombreux conflits, notamment en Irak, en Afghanistan, en Palestine et en Libye.
L’Irak : au-delà des clichés médiatiques
L’entretien avec Mehdi Hamala souligne la première rencontre de Feurat Alani avec l’Irak en 1989. Loin des images de guerre véhiculées par les médias occidentaux, il découvre alors une société chaleureuse, une culture millénaire et une terre de traditions.
Pour le journaliste, réduire l’Irak à une succession de conflits est une erreur profonde. Il rappelle que ce pays est le berceau de la Mésopotamie, où sont nées l’écriture, les premières lois et les fondements des mathématiques modernes. Une remise en perspective salutaire à une époque où l’immédiateté de l’actualité tend souvent à effacer l’histoire longue.
Le 11 septembre : le déclic d’une vocation
Étudiant en histoire, Feurat Alani voit sa trajectoire bouleversée par les attentats du 11 septembre 2001. Sceptique face aux discours politiques liant l’Irak à ces attaques, il décide de devenir journaliste pour documenter lui-même la réalité.
En 2003, lors de l’invasion américaine, il part sur le terrain. Ce qui devait être une mission de quelques mois se transforme en cinq années d’immersion au cœur d’un pays en pleine mutation. Pour lui, « l’objectivité absolue n’existe pas, mais la neutralité des faits est indispensable ». Son rôle est de multiplier les points de vue pour restituer la complexité, en privilégiant toujours l’humain à hauteur d’homme.
De « Le Parfum d’Irak » à la reconnaissance du Prix Albert Londres
En 2016, face à une couverture médiatique focalisée uniquement sur l’État islamique, Alani décide de partager son Irak intime sur Twitter. Cette série de 1 000 tweets, racontant les odeurs, les repas de famille et les émotions, deviendra le roman graphique Le Parfum d’Irak. Cette œuvre, également adaptée en série d’animation, sera récompensée par le prestigieux Prix Albert Londres.
L’héritage paternel et l’ancrage à Nanterre
L’entretien réserve une place émouvante à la figure du père, intellectuel irakien contraint de vendre des journaux devant le métro parisien pour survivre. Ce cercle symbolique — le père vendant Le Monde, le fils en devenant un auteur — souligne le lien indéfectible entre l’exil et la transmission.
C’est avec cette même profondeur qu’il signe Nanterre avant l’orage. Témoin direct des événements qui ont suivi la mort de Nahel Merzouk en juin 2023, il documente non pas la polémique, mais les réalités sociales, les frustrations et les espoirs du quartier Pablo Picasso. Son travail rappelle une vérité essentielle : aucun événement ne surgit dans un vide, tout est affaire de contexte.
En refusant les raccourcis, Feurat Alani s’impose comme une voix essentielle pour comprendre notre époque. Dans un monde polarisé, son travail crée des ponts nécessaires entre Orient et Occident, entre banlieues et centres-villes.

