Le média Booska-P est aujourd’hui une institution incontournable de la culture populaire en France. Pourtant, rien ne prédestinait ce « pur player » né en 2005 à devenir un pilier du business médiatique. Dans un entretien exclusif avec Racem Flazi, Amad, cofondateur du média, revient sur 20 ans d’évolution, de défis financiers et de coups d’éclat stratégiques.
Des débuts artisanaux à l’ère du Web 1.0
L’histoire commence en 2005, bien avant l’explosion de YouTube et des réseaux sociaux. Amad, accompagné de ses associés Fif et Alexis (le « geek » de la bande), lance Booska-P par pure passion pour le rap et le cinéma [03:12].
À l’époque, le business model est quasi inexistant. Le premier gain significatif ? Une campagne d’habillage pour l’artiste Sefyu, vendue 600 € [05:30]. Le média se distingue alors par son usage précurseur de la vidéo, une prouesse technique à l’heure des connexions bas débit [08:52].
Le tournant du Brand Content : Le deal avec Apple Music
Le véritable décollage financier s’opère en 2017. Booska-P amorce un virage stratégique vers le brand content (création de contenu pour les marques). Le moment charnière est la signature d’un contrat avec Apple Music. Initialement proposé à 80 000 €, le deal est renégocié à 160 000 €, changeant radicalement la structure de l’entreprise [14:04].
Aujourd’hui, le média collabore avec des géants comme Netflix — notamment via un rôle de consultant sur l’émission Nouvelle École [29:07] — ou Adidas pour son format culte « Les 11 à suivre » [37:40].
Diversification : Entre streaming musical et soft power
Booska-P ne se contente plus d’être un simple diffuseur. Le média est devenu producteur grâce à des concepts innovants comme « Un son en une heure ». Ce format a donné naissance à des tubes certifiés, tels qu’ « Émotif » de PLK ou des titres de Gazo, permettant au média de générer des revenus récurrents via le streaming [22:10].
En parallèle, Booska-P a co-créé la cérémonie des Flammes avec l’agence Yard. Bien que l’événement soit un défi logistique et financier, il assoit définitivement le média comme le porte-parole de la nouvelle pop culture française [47:19].
L’épisode Macron : Un choix controversé mais légitimant
En 2022, entre les deux tours de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron choisit Booska-P pour une interview exclusive [40:39]. Si ce choix a été vivement critiqué par une partie de la communauté, Amad reconnaît qu’il a agi comme un accélérateur de crédibilité auprès des annonceurs institutionnels, prouvant que Booska-P est le canal privilégié pour toucher la jeunesse [44:26].
Une nouvelle ère : Redressement et investissements
Malgré son succès, le média a traversé une zone de turbulences début 2024, menant à un redressement judiciaire dû à une croissance trop rapide post-Covid [51:15].
Le salut est venu d’un collectif de 17 investisseurs mené par Paul (fondateur de LegalPlace), incluant des figures comme Wallet de Darwin ou des cadres de SoPress [54:14]. Cette restructuration permet aujourd’hui à Booska-P de conserver son indépendance éditoriale tout en bénéficiant d’une expertise business solide pour assurer sa pérennité [56:14].
Ce qu’il faut retenir de la stratégie Booska-P :
Agilité : Savoir passer du format site web aux réseaux sociaux (TikTok, Instagram, YouTube) sans perdre son ADN [21:02].
Expertise : Se positionner comme le consultant indispensable pour les marques souhaitant s’insérer dans la culture rap.
Passion : Maintenir une ligne éditoriale authentique pour garder la confiance d’une communauté « passionnelle ».
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