Dans une interview fleuve accordée au média CKO, Kery James, figure de proue du rap conscient, s’est livré comme rarement sur les étapes clés de sa vie. De ses racines haïtiennes à son futur au cinéma, l’artiste d’Orly prouve que sa « ceinture de légende » n’est pas usurpée.
Des débuts précoces sous l’aile de Solar et Manu Key
Kery James rappelle que son éducation musicale ne s’est pas faite dans les conservatoires, mais à la MJC d’Orly. C’est là qu’il découvre le rap en observant ses aînés, dont Manu Key (fondateur de la Mafia K’1 Fry), qui deviendra son mentor et son garant moral.
Peu de gens s’en souviennent, mais c’est grâce à MC Solaar que Kery fait sa première apparition discographique sur l’album culte Qui sème le vent récolte le tempo. À l’époque, les producteurs cherchaient à faire de lui le « Kris Kross français », mais ses textes, déjà habités par une réalité sociale brutale (comme dans le titre La vie est brutale), ont vite douché leurs espoirs de marketing festif.
Le tournant spirituel : La mort comme déclic
L’entretien aborde un chapitre sombre et déterminant : la violence de la rue. Kery James confie avoir vu la mort de près lors d’une fusillade où Oxmo Puccino était présent. Ce traumatisme, couplé à la perte d’amis proches comme Las, le pousse à une remise en question totale.
« J’avais deux possibilités : soit je rentrais dans la vie de rue jusqu’au bout, soit j’admettais que ce n’était pas fait pour moi. »
C’est dans cette quête de sens qu’il découvre l’Islam. Il s’éloigne alors de la musique pendant deux ans, allant jusqu’à travailler au tri postal pour subvenir à ses besoins, loin des paillettes du show-business.
Un artiste hors cadre : De l’indépendance à Netflix
Kery James revient sur le succès inattendu de l’album Si c’était à refaire (2001). Alors que les maisons de disques le prenaient pour un « illuminé » car il refusait les instruments à vent et à cordes, l’album devient disque d’or en quelques semaines.
Aujourd’hui, Kery a troqué une partie de son micro pour la plume de scénariste. Avec la trilogie Banlieusards sur Netflix, il a conquis un nouveau public, même s’il souligne la difficulté de s’imposer dans un cinéma français encore très fermé.
Les points clés à retenir de l’interview :
La Mafia K’1 Fry : Un mouvement sans chef, brut, dont le potentiel n’a, selon lui, jamais été exploité à 100% par manque de structure.
Engagement : Kery maintient sa position sur la Palestine et les injustices sociales, malgré les pressions des directeurs de programmation radio.
Regard sur le rap actuel : Il avoue ne plus écouter de rap français, regrettant le manque de poésie et de « virilité » dans les textes actuels, qu’il qualifie parfois de RnB déguisé.
Prochains rendez-vous
L’infatigable rappeur ne compte pas s’arrêter là. Voici son agenda pour les mois à venir :
Concert exceptionnel : L’Accor Arena le 15 novembre 2026.
Cinéma : Un nouveau film prévu pour 2027, adaptation de sa dernière pièce de théâtre.
Kery James reste ce boxeur de mots qui, à chaque projet, remet sa ceinture en jeu avec la même hargne qu’à ses débuts.

