Lycéens et étudiants dans la rue : ce qu’ils demandent vraiment

Depuis fin septembre, des centaines de lycées ont été bloqués et les étudiants ont rejoint le mouvement. Derrière les images de blocus, il y a des demandes très concrètes. Le gouvernement a fait des annonces le 27 octobre, mais la mobilisation continue. On t’explique ce qui se passe, sans prendre parti.

D’où ça part

Le mouvement n’est pas né à Paris. Dès le mois d’août, des lycéens de Mayotte et de Guyane se mobilisent : en Guyane, environ 9 000 élèves vont encore en cours en pirogue. Dans l’Hexagone, tout démarre le 18 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, puis le mouvement gagne l’Île-de-France et le reste du pays.

Pas d’étincelle unique, plutôt une accumulation : des profs absents jamais remplacés, des classes surchargées, des bâtiments où il fait trop chaud en juin et trop froid en hiver. Selon une enquête du syndicat enseignant SNES-FSU, plus de la moitié des collèges et lycées publics manquaient de professeurs à la rentrée.

Ce qu’ils demandent

  • Des adultes dans les établissements : remplacer les profs absents, recruter des enseignants, des infirmiers et des psychologues scolaires, et donner un vrai statut aux AESH, qui accompagnent les élèves en situation de handicap.
  • Des bâtiments dignes : un plan d’urgence pour les toitures, les murs et les salles de classe.
  • Parcoursup : plus de transparence sur la façon dont les vœux sont classés, et plus de places dans le supérieur.
  • De l’argent : l’Union syndicale lycéenne chiffre ses demandes à 10 milliards d’euros de mesures d’urgence.

Les blocages et les tensions

La journée du 29 septembre a marqué un tournant : selon les organisations, environ 400 lycées et une dizaine d’universités étaient touchés. Début octobre, le ministère de l’Intérieur comptait 625 interpellations depuis le début du mouvement et 119 blessés, dont 83 policiers et 34 agents de l’Éducation nationale. Ces incidents concernent une partie des rassemblements : l’immense majorité des cortèges s’est déroulée dans le calme.

Ce que répond le gouvernement

Le 6 octobre, le gouvernement a ouvert « Agora », une plateforme de consultation qui a reçu plus de 100 000 contributions. Le 26 octobre, les ministres Édouard Geffray (Éducation nationale) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) ont reçu les organisations lycéennes. Le lendemain, ils ont annoncé :

  • la fin de Parcoursup en deux temps : des algorithmes plus clairs dès cette année, puis une refonte complète pour la rentrée 2028, qui passera par une loi ;
  • des classes de seconde plafonnées à 28 élèves, d’abord dans les établissements les plus défavorisés, puis partout en 2028 ;
  • 500 postes d’enseignants en plus, 800 suppressions de postes annulées et 500 postes d’infirmiers scolaires ;
  • environ 5 milliards d’euros pour rénover les lycées et les campus ;
  • 15 000 places supplémentaires dans le supérieur, en priorité dans les filières techniques ;
  • des bourses étudiantes indexées sur la hausse des prix.

Philippe Baptiste a aussi posé une limite : selon lui, « le droit au blocage n’existe pas », mais il existe « un droit à étudier ».

Pourquoi ça ne s’arrête pas

Pour les organisations lycéennes et étudiantes, le compte n’y est pas : elles maintiennent leur appel à manifester ce samedi 31 octobre et craignent de nouveaux blocages à la rentrée de la Toussaint. Des marches « avec la jeunesse et contre la vie chère » sont aussi organisées le même jour à l’appel de La France insoumise. Côté profs, l’intersyndicale est ressortie déçue de sa réunion au ministère et appelle à une journée de mobilisation le 5 novembre, notamment sur les salaires.

Pourquoi ça nous concerne tous

Au-delà des lycées, c’est toute une génération qui dit ne pas se sentir écoutée. Selon un sondage Ipsos BVA pour l’université d’Aix-Marseille, réalisé cet été auprès de plus de 3 000 jeunes de 18 à 29 ans :

  • 76 % se disent inquiets pour la situation du pays ;
  • 78 % estiment être moins écoutés que les autres générations ;
  • 4 sur 5 pensent que les responsables politiques préparent mal leur avenir.

Dans nos familles aussi, la question se pose à table : entre le petit frère qui veut aller au blocus, la mère qui s’inquiète et le prof qui n’a pas été remplacé depuis la rentrée, tout le monde a un avis. C’est justement pour ça qu’on en parle.

Ce que ça change pour toi

  • Manifester est un droit, y compris quand tu es mineur.
  • Bloquer ton établissement n’en est pas un : ton lycée peut prendre des sanctions disciplinaires.
  • Si tu vas en manif : prends ta pièce d’identité, le numéro d’un proche écrit quelque part, et reste avec ton groupe.
  • En cas de garde à vue (possible à partir de 13 ans) : tes parents doivent être prévenus et tu dois être assisté par un avocat.
  • Un problème avec les forces de l’ordre ? Tu peux saisir gratuitement le Défenseur des droits.

On suit le sujet. Prochain rendez-vous dans « Ici, chez nous » : pourquoi ta facture d’énergie explose alors que l’inflation repart à 3,4 %.

Sources : ministère de l’Éducation nationale, ministère de l’Intérieur, SNES-FSU, Union syndicale lycéenne, Ipsos BVA / Aix-Marseille Université, France 24, Le JDD, VousNousIls, L’Express Éducation, Public Sénat.

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