Un mois. C’est le temps qu’il aura fallu à la Fédération Algérienne de Football (FAF) pour passer d’un contrat prolongé jusqu’en 2028 à un divorce acté avec Vladimir Petkovic. Entre l’élimination des Fennecs en 16es de finale de la Coupe du Monde 2026 face à la Suisse (2-0) et le limogeage désormais annoncé, une question domine : comment la fédération a-t-elle pu se tromper aussi vite, et aussi cher ?
Ce qui s’est passé : de la prolongation au limogeage en quelques semaines
Le 7 juin 2026, à dix jours du début du Mondial, la FAF officialise la prolongation de Vladimir Petkovic jusqu’au 31 juillet 2028. La fédération, présidée par Walid Sadi, met en avant un bilan flatteur : depuis son arrivée en février 2024, le technicien suisso-bosnien affiche 21 victoires, 4 nuls et seulement 3 défaites en 28 rencontres, une qualification pour la Coupe du Monde après deux absences consécutives, et une progression de la 43e à la 28e place mondiale au classement FIFA.
Un mois plus tard, tout s’effondre. Battue par la Suisse en 16es de finale, l’Algérie sort du Mondial sans avoir véritablement inquiété son adversaire, malgré un tirage au sort jugé clément après une troisième place de groupe. Le couperet tombe : Petkovic ne sera plus le sélectionneur des Fennecs, et la FAF chercherait déjà à régler son départ dans les plus brefs délais. Selon plusieurs sources, un premier contact aurait même été établi avec l’entourage d’Eric Chelle, sélectionneur du Nigeria, pour prendre la relève.
Pourquoi la FAF n’a-t-elle pas réagi plus tôt ?
C’est la question qui revient le plus chez les observateurs et les supporters algériens. Car les signaux d’alerte ne datent pas d’hier. Avant même le Mondial, l’Algérie avait déjà buté en quarts de finale de la CAN 2025 face au Nigeria (défaite 0-2), une élimination qui avait laissé une impression amère : possession de balle inférieure à l’adversaire, aucun tir cadré sur l’ensemble du match, et des choix tactiques largement critiqués, notamment l’absence de numéro 9 de métier face à une défense nigériane physique.
Plusieurs mois après cette désillusion, Eric Chelle lui-même est revenu sur ce match dans un podcast, expliquant avoir construit son plan de jeu en misant justement sur l’absence d’un profil comme Baghdad Bounedjah dans le onze algérien, et sur l’absence d’ajustements à la mi-temps côté algérien. Des propos qui, rétrospectivement, confirment que les failles identifiées à la CAN n’ont jamais été corrigées.
Malgré ces avertissements, la fédération a choisi la continuité plutôt que la remise en question, un choix que beaucoup jugent aujourd’hui précipité au vu de la suite des événements.
Pourquoi Walid Sadi a-t-il prolongé Petkovic juste avant le Mondial ?
C’est sans doute l’élément le plus difficile à justifier a posteriori. Prolonger un sélectionneur à dix jours du coup d’envoi d’une Coupe du Monde, avant même de connaître le résultat de la compétition qui doit précisément valider ou non son travail, est une décision atypique dans le football international.
Plusieurs hypothèses circulent pour expliquer cette précipitation :
- La crainte d’une offre concurrente. Des rumeurs ont évoqué un intérêt de la fédération polonaise (PZPN) pour Petkovic, avec une proposition salariale nettement supérieure à ce que touchait le technicien en Algérie. Sécuriser sa signature avant le Mondial aurait permis d’éviter un départ à chaud en cas de bon parcours.
- Une volonté de stabilité affichée. Dans son communiqué, la FAF insistait sur la « continuité » et la « stabilité » comme gages de performance pour les échéances à venir, un narratif difficile à assumer aujourd’hui.
- Un pari sur les statistiques brutes plutôt que sur le contenu du jeu. Le bilan comptable de Petkovic (victoires, classement FIFA) était solide sur le papier, mais il masquait des lacunes structurelles déjà visibles à la CAN 2025, entre fragilité défensive répétée et absence de plan B tactique.
Résultat : la fédération s’est engagée sur du long terme au moment précis où elle avait le moins de visibilité sur la suite, et se retrouve aujourd’hui à devoir indemniser un départ qu’elle a elle-même provoqué un mois plus tôt.
Pourquoi le staff se disait-il satisfait alors que la CAN avait déjà sonné l’alarme ?
C’est peut-être le point le plus révélateur. Après l’élimination face au Nigeria à la CAN 2025, Petkovic lui-même reconnaissait en conférence de presse que son équipe avait été dominée dans presque tous les compartiments du jeu. Pourtant, quelques mois plus tard, le discours officiel de la fédération glorifiait un « bilan particulièrement convaincant » et une progression continue.
Ce décalage entre le constat sportif (une équipe qui manque de solutions offensives, une défense qui craque sous la pression, des choix tactiques rigides) et le satisfecit communiqué en interne interroge sur la manière dont la performance du sélectionneur était réellement évaluée par la FAF. Les mêmes symptômes observés à la CAN — manque d’efficacité offensive, incapacité à ajuster le plan de jeu en cours de match, gestion figée de la défense centrale — se sont reproduits presque à l’identique lors du Mondial, jusqu’à la sortie face à la Suisse.
Après l’élimination, la sortie de Petkovic en conférence de presse, jugée par beaucoup déconnectée de la réalité du parcours algérien, n’a fait qu’accentuer le sentiment que le diagnostic interne de la fédération n’était plus en phase avec ce que le terrain donnait à voir depuis plusieurs mois.
Ce qu’il faut retenir
- La FAF a prolongé Petkovic jusqu’en 2028 le 7 juin 2026, dix jours avant le début du Mondial.
- L’Algérie est éliminée en 16es de finale face à la Suisse (2-0) début juillet.
- Le limogeage de Petkovic est annoncé dans la foulée, avec un contact déjà pris avec l’entourage d’Eric Chelle.
- Les signaux d’alerte (CAN 2025, fragilités tactiques et défensives) étaient visibles bien avant la prolongation.
La question qui reste ouverte pour les supporters algériens : cette précipitation dans la prolongation, puis dans le limogeage, traduit-elle un vrai problème de méthode dans la gouvernance sportive de la fédération, ou un concours de circonstances malheureux ? Une chose est sûre, le prochain sélectionneur héritera d’un vestiaire à reconstruire, et d’une fédération qui devra revoir sa manière d’évaluer ses choix techniques.

